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		<title>10-Hugo</title>
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		<pubDate>Sun, 15 Jan 2012 11:38:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>defilsenaiguilles</dc:creator>
				<category><![CDATA[Merlin]]></category>

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		<description><![CDATA[Hugo Ca bouge autour de lui. Il regarde, comme d&#8217;habitude, les femmes en blanc s&#8217;affairer autour de son lit, échangeant entre elles des phrases qui ont l&#8217;air graves, mais sans jamais s&#8217;adresser à lui. Il s&#8217;est habitué à la valse des infirmières et des médecins, tous les Mercredis. Il sait qu&#8217;il est malade. Sa mère [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=defilsenaiguilles.wordpress.com&amp;blog=23531351&amp;post=166&amp;subd=defilsenaiguilles&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="aligncenter size-full wp-image-167" title="10-Hugo" src="http://defilsenaiguilles.files.wordpress.com/2012/01/10-hugo.jpg?w=490&#038;h=327" alt="" width="490" height="327" /></p>
<p style="text-align:center;"><strong>Hugo</strong></p>
<p>Ca bouge autour de lui. Il regarde, comme d&#8217;habitude, les femmes en blanc s&#8217;affairer autour de son lit, échangeant entre elles des phrases qui ont l&#8217;air graves, mais sans jamais s&#8217;adresser à lui.</p>
<p>Il s&#8217;est habitué à la valse des infirmières et des médecins, tous les Mercredis. Il sait qu&#8217;il est malade. Sa mère le lui a dit, six mois auparavant, alors qu&#8217;ils sortaient de l&#8217;hôpital. Depuis, il y retourne toutes les semaines. Il ne sait pas précisément pourquoi, mais c&#8217;est pour son bien. Il a fini par le comprendre. Il ne se débat plus, car de toute façon les adultes trouvent toujours sa cachette et c&#8217;est alors de force qu&#8217;ils lui enfoncent les aiguilles dans le bras.</p>
<p>Alors maintenant il se laisse faire, s&#8217;allonge docilement sur le lit, au milieu de la chambre blanche, puis regarde pendant des heures les poches de liquide, rouge et blanc, se vider et se remplir. Et quand il s&#8217;en va, il sait qu&#8217;il ira mieux pendant quelques jours.</p>
<p>Parfois sa mère reste avec lui. Elle lui lit une histoire, ou bien ils jouent ensemble, quand il n&#8217;est pas trop fatigué. Mais cette fois, il restera seul une fois que les infirmières auront fini. Sa mère a trop de travail. Mais elle aurait bien voulu rester avec lui. Elle le lui a dit.</p>
<p>À l&#8217;école, les autres ne comprennent pas pourquoi il reste sur le banc pendant les heures de sport, pourquoi des fois il pâlit et s&#8217;écroule à terre. Pour eux ça ne justifie pas que les adultes s&#8217;occupent plus de lui, le traitent comme un petit animal fragile -ce qu&#8217;il est. Alors il préfère s&#8217;exclure. Il a renoncé à aller vers eux. En classe, il s&#8217;installe seul au premier rang. Pendant les récréations, il parcourt lentement la cour, loin de tous les jeux physiques et trop violents pour lui.</p>
<p>-Hugo ?</p>
<p>Il lève les yeux vers la plus âgée des infirmières, la seule qui lui parle.</p>
<p>-On a fini. On va devoir te laisser pendant un petit moment, parce qu&#8217;on a d&#8217;autres gens à soigner. Ta maman n&#8217;est pas là ?</p>
<p>-Non. Pas cette fois. Elle travaille.</p>
<p>La femme a un petit sourire désolé puis s&#8217;écarte du lit, reculant à pas lents, comme hésitant à le laisser seul. Il lui sourit en retour et lui montre les livres d&#8217;images que sa mère lui a laissés pour qu&#8217;il s&#8217;occupe malgré tout. Alors, seulement après les lui avoir donnés, l&#8217;infirmière quitte la chambre et la porte se referme sur son silence et la blancheur de ses murs.</p>
<p>Il regarde la couverture des livres, trop pleins de couleurs pour qu&#8217;il y croie vraiment. Parfois il s&#8217;endort ces après-midis-là, et il rêve qu&#8217;il vit dans un monde éclatant comme celui-là, où des ballons rouges et bleus s&#8217;envolent dans le ciel et où il vole jusqu&#8217;aux nuages, léger&#8230; Mais plus souvent il rêve d&#8217;une grande plaine brumeuse, où il est seul, jusqu&#8217;à ce que des silhouettes noires portant des masques blancs, s&#8217;approchent de lui et l&#8217;étouffent peu à peu, sans qu&#8217;il puisse crier&#8230;</p>
<p>Quand il se réveille il a mal à la poitrine.</p>
<p>Les heures passent tout doucement, et il a vite fait de lire ces livres pour enfant, trop courts, trop simples pour lui qui sait déjà lire. Car pendant que les autres jouent dehors, il reste chez lui et apprend. Il n&#8217;a que ça à faire.</p>
<p>Contempler les images ne le fait même plus rêver. Il sait que tout cela n&#8217;est pas vrai. Dans la vraie vie, on ne croise pas des animaux qui parlent, on ne s&#8217;envole pas sur les ailes d&#8217;un aigle géant, les cadeaux ne tombent pas du ciel. Il n&#8217;a pas encore compris ce qui remplacerait tout cela. Il est trop jeune pour comprendre ce que savent les adultes.</p>
<p>Il est dans un entre-deux où pour lui, la réalité se résume à une chambre d&#8217;hôpital, des vertiges et des seringues.</p>
<p>Il passe le reste de l&#8217;après-midi à regarder par la fenêtre. Il ne se passe pourtant pas grand chose dehors, mais il n&#8217;a pas le droit à la télé, il est trop petit pour choisir ses programmes&#8230;</p>
<p>Quand enfin sa mère arrive à l&#8217;hôpital et entre dans sa chambre avec un sourire désolé, il sent sa joie revenir. La vision d&#8217;une maman réchauffe toujours le cœur, peu importe la situation. Ce lien si fort qu&#8217;il fait tout oublier lui redonne une fois de plus le sourire. Sa mère est accompagnée d&#8217;une infirmière qui enlève délicatement les aiguilles de son bras. Il serre les dents pour ignorer la douleur, et des pansements multicolores viennent cacher à sa vue les minuscules plaies. Il se relève et dit au revoir de sa petite voix à la femme en blanc qui lui caresse les cheveux avant de les laisser dans le couloir qui sent la Javel.</p>
<p>Alors qu&#8217;ils regagnent la sortie, il serre fort la main de sa mère et ferme les yeux en respirant son odeur, pour oublier qu&#8217;il n&#8217;aura qu&#8217;une semaine de répit.</p>
<p style="text-align:right;"><a href="http://bigboydenis.deviantart.com/art/little-boy-114865655?q=boost%3Apopular%20in%3Aphotography%20little%20boy&amp;qo=2"><em>Image.</em></a></p>
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		<title>09-Mike</title>
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		<pubDate>Mon, 02 Jan 2012 22:25:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>defilsenaiguilles</dc:creator>
				<category><![CDATA[Echec et mat]]></category>

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		<description><![CDATA[« Un autre café, s’il vous plaît. -Salut Mike. Je te l’apporte tout de suite. -Ah salut Jack, tu es la depuis longtemps ? -Je viens juste de prendre mon service. Ca va comme tu veux ? -Et toi ? -C’est un truc d’écrivain d’éviter les questions ? -Excuse-moi, j’ai juste la tête ailleurs aujourd’hui. -Toi, tu files un mauvais [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=defilsenaiguilles.wordpress.com&amp;blog=23531351&amp;post=159&amp;subd=defilsenaiguilles&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
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<dl class="wp-caption aligncenter">
<dt class="wp-caption-dt"><a href=" "><img class="size-full wp-image-161" title="Chess_by_birdswithoutwings" src="http://defilsenaiguilles.files.wordpress.com/2012/01/chess_by_birdswithoutwings1.jpg?w=490&#038;h=653" alt=" " width="490" height="653" /></a></dt>
<dd class="wp-caption-dd"></dd>
</dl>
</div>
<p>« Un autre café, s’il vous plaît.</p>
<p>-Salut Mike. Je te l’apporte tout de suite.</p>
<p>-Ah salut Jack, tu es la depuis longtemps ?</p>
<p>-Je viens juste de prendre mon service. Ca va comme tu veux ?</p>
<p>-Et toi ?</p>
<p>-C’est un truc d’écrivain d’éviter les questions ?</p>
<p>-Excuse-moi, j’ai juste la tête ailleurs aujourd’hui.</p>
<p>-Toi, tu files un mauvais coton. Ca se voit rien qu’à ta table.</p>
<p>-Ma table ? Qu’est-ce que j’ai fait ?</p>
<p>-Ou pas fait justement. D’ordinaire, tu t’amuses à éventrer les sachets de sucre pour en faire des étoiles. Et là, pas un n’a succombé. Alors soit tu as décidé de me faire faire des économies, soit tu ne vas vraiment pas bien. Et puis la dernière fois que tu as pris plus de trois cafés un lundi soir, Zidane finissait sa carrière sur un coup de tête. Et si je compte bien, tu commandes ton sixième.</p>
<p>Mike ne put réprimer un sourire. De tous les jours de la semaine, c’est le lundi qu’il préférait. Non pas qu’il ait une signification particulière à ses yeux, mais simplement parce que le café au coin de la rue offrait le journal Libération -seul quotidien au monde à publier une grille d’échecs tous les jours- à ses consommateurs. Il avait donc pris l’habitude de s’y rendre chaque semaine pour se caféïner le sang en cherchant à résoudre le problème du jour. Et cette habitude, cela faisait plus de cinq ans qu’il l’avait.</p>
<p>Mike avait une petite vie tranquille qu’il ne partageait guère qu’avec son chat et son ami Ethan, ce dernier habitant un étage en dessous de lui au 5 rue Fallempin. Il vivait des quelques romans qu’il écrivait et participait de temps en temps à des tournois d’échecs organisés dabs la région. Hormis cela, il sortait très peu.</p>
<p>-Voilà ton café. Et fais-moi plaisir, ouvre ce sucre avant que je vienne te prouver mes talents de psy.</p>
<p>-Ca va Jack, je t’assure, répondit-il sans grande conviction.</p>
<p>-Ca se voit oui, aussi bien que l’intelligence du président, c’est é-vi-dent.</p>
<p>En effet, cela se voyait. Pour la première fois depuis des années, Mike n’avait pas touché à son journal. Ce soir, c’était une toute autre dame qui occupait ses pensées, une dame qui elle, ne marchait pas sur des carreaux.</p>
<p>Il était dix-neuf heures passées lorsque Mike quitta le café. Il avait griffonné un « merci et bonne semaine » sur une serviette et glissé un billet rouge sous une tasse, avant de sortir sur la rue. L’air était frais, du moins assez pour apprécier son manteau, et un épais rideau de nuages annonçait une nuit qui ne tarderait pas. Il fit quelques pas pour se regarder dans la vitrine d’une épicerie et alors qu’il tirait la langue à un reflet moqueur, il aperçut des yeux qui n’étaient pas les siens. Il fit volte-face pour n’apercevoir qu’un chat traverser la rue. Le spectacle des salades et des tomates était trompeur.</p>
<p>-Moi aussi elle me fait rougir…</p>
<p>Arrivé au 5 rue Fallempin, Mike monta les escaliers jusqu’au cinquième. Et alors qu’il s’apprêtait à entrer chez lui, une petite voix résonna derrière lui.</p>
<p>-Monsieur Meunier c’est l’étage d’en dessous.</p>
<p>-Alice ? Pourquoi tu me dis ça ?</p>
<p>-Vous avez monté les marches une par une.</p>
<p>-Et alors ?</p>
<p>-D’habitude vous les montez trois par trois, vous êtes tout le temps pressé. Vous ne prenez votre temps que pour réfléchir alors là, vous devez en avoir vraiment besoin. Alors comme vous allez toujours voir monsieur Meunier quand vous avez des soucis, je guide juste vos pas.</p>
<p>-Tu ne vas pas t’y mettre toi aussi, depuis quand ma vie se résume à des habitudes ridicules. Enfin, tu as gagné, tiens, lui dit-il en lui lançant ses clefs. Il y a des gâteaux dans la cuisine mais ne traîne pas trop s’il te plaît.</p>
<p>Quelques secondes plus tard et un étage plus bas, Mike hésitait sur la poignée, mais finit par entrer. Le couloir était éteint mais du bruit provenait du salon. Il avait toujours aimé la décoration de l’appartement de son ami. Sobre et vétuste, il s’y dégageait tout de même une atmosphère chaleureuse.</p>
<p>-Ethan, tu es là ?</p>
<p>Celui-ci était assis en tailleur dans un grand fauteuil derrière son bureau. Tourné vers la fenêtre, seuls ses genoux et une main dépassaient pour déplacer les pièces d’un échiquier sur lequel une partie était déjà bien entamée.</p>
<p>-Ecoute Ethan, il paraîtrait que je viens surtout te voir quand j’ai des problèmes, mais en admettant que ce soit le cas, là j’en ai un gros. Je ne m’entends même plus penser. Ou plutôt si, j’ai rencontré, enfin disons croisé une femme ce matin. Et depuis toutes mes pensées sont pour elle…</p>
<p>-Alors la dame entre en jeu, ça va enfin devenir intéressant !</p>
<p>-Je ne sais pas, je ne la connais absolument pas. Je ne sais rien d’elle mis à part qu’elle me soit rentrée dedans ce matin…</p>
<p>-La dame met le roi en échec…</p>
<p>-Qu’elle se soit excusée d’une voix si mélodieuse qu’elle résonne encore dans ma tête…</p>
<p>-Le roi ne peut donc rien faire, il faut qu’une autre pièce intervienne…</p>
<p>Qu’elle ait rejoint une autre femme quelques mètres plus loin et aussi qu’elle ait des yeux magnifiques.</p>
<p>-Encore échec !</p>
<p>-Honnêtement, je ne sais plus quoi faire. Je n’ai eu de cesse de penser à elle depuis que je l’ai vue. Elle avait l’air si sûre d’elle et pourtant si fragile. Je crois que je suis fou amoureux…</p>
<p>-Décidemment, avec ce fou c’est un très bel assaut. Mais tes arrières à toi aussi sont sans défense. Tu devrais t’avancer davantage…</p>
<p>-Tu crois vraiment ? Mais je ne connais ni son nom ni son prénom. Je ne sais pas où elle habite ni même où elle travaille et l’annuaire des anges ne se consulte pas. Je pourrais peut-être demander à cette femme qu’elle a rejointe ?</p>
<p>-Le fou va rejoindre la tour…</p>
<p>-Mais si elle refuse de me parler ?</p>
<p>-Eh bien je serais toi, je la suivrais cette dame pour la forcer à se rendre. C’est le plus sûr moyen d’en finir avec cette histoire.</p>
<p>-Très bien, tu dois avoir raison. Demain matin je guetterai son passage de ma fenêtre. Merci encore, passe une bonne soirée !</p>
<p>-Et voilà, échec et mat ! Sans rancune et passe une bonne soirée toi aussi !</p>
<p>Ethan raccrocha son téléphone portable et se retourna vers le centre de la pièce.</p>
<p>-Excuse-moi Mike, tu disais ?</p>
<p>Mais celui-ci avait déjà quitté l’appartement, le cœur empli d’impatience. Il devait la revoir. Parce que c’était elle, parce que c’était lui.</p>
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		<title>09-Goran</title>
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		<pubDate>Sun, 30 Oct 2011 19:38:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>defilsenaiguilles</dc:creator>
				<category><![CDATA[Merlin]]></category>

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		<description><![CDATA[Goran Le cœur n&#8217;y était pas ce matin. Le fond de son chapeau ne pesait pas bien lourd, même pour un début de journée. Il avait beau tendre les mains, implorer « une petite pièce pour manger », personne ne tournait la tête vers lui. Il avait beau se dire qu&#8217;ils n&#8217;avaient pas tous le temps, pas [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=defilsenaiguilles.wordpress.com&amp;blog=23531351&amp;post=140&amp;subd=defilsenaiguilles&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:center;"><img class="aligncenter size-full wp-image-141" title="09-Goran" src="http://defilsenaiguilles.files.wordpress.com/2011/09/09-goran.jpg?w=490" alt=""   /></p>
<p style="text-align:center;"><strong>Goran</strong></p>
<p>Le cœur n&#8217;y était pas ce matin. Le fond de son chapeau ne pesait pas bien lourd, même pour un début de journée. Il avait beau tendre les mains, implorer « une petite pièce pour manger », personne ne tournait la tête vers lui. Il avait beau se dire qu&#8217;ils n&#8217;avaient pas tous le temps, pas forcément de la monnaie sur eux&#8230; Arrivait toujours le moment où il perdait espoir, devenait amer et repensait au temps où c&#8217;était lui qui passait devant les clochards et leur donnait la moitié du pain qu&#8217;il venait d&#8217;acheter.</p>
<p>Ça n&#8217;avait pas duré longtemps malheureusement, et il était rapidement passé de l&#8217;autre côté. Il n&#8217;avait jamais compris pourquoi en perdant son argent, l&#8217;être humain était forcément dépouillé de sa dignité. Il n&#8217;était plus qu&#8217;un « pauvre ». Celui qu&#8217;on cache dans les caves et dans les ruelles insalubres, parce qu&#8217;il est laid et puant. On ne penserait pas à lui donner un miroir et du savon.</p>
<p>-S&#8217;il vous plaît, répète-t-il sans conviction.</p>
<p>Il sent qu&#8217;aujourd&#8217;hui, il n&#8217;aura rien. Pourtant la faim qui lui ronge le ventre se fait plus forte de jour en jour. Il sait qu&#8217;il finira par en mourir. Les quelques morceaux de pain qu&#8217;il récolte et le peu qu&#8217;il s&#8217;achète en une semaine ne lui permettront pas de tenir indéfiniment. Il s&#8217;amaigrit. Même si les gens ne voient pas, sous ses nombreuses guenilles, sa peau qui se fripe et se resserre sur ses os.</p>
<p>Comment peut-on laisser quelqu&#8217;un mourir dans la rue ? L&#8217;hiver prochain, quand ils le retrouveront tout raide et froid, ils crieront au scandale. Mais ils n&#8217;auront rien fait.</p>
<p>Sa vie en France avait été un échec complet. Il avait quitté la Roumanie tassé dans une camionnette avec d&#8217;autres clandestins. Il s&#8217;était ruiné mais pensait à ce moment, assis dans le noir et ballotté par les cahots, que c&#8217;était pour mieux gagner sa vie ensuite. S&#8217;il n&#8217;avait pas été dénoncé pour travail au noir, il aurait pu envoyer une partie de son salaire à sa femme et son fils restés là-bas.</p>
<p>Maintenant, il savait surtout qu&#8217;il ne les reverrait jamais. Depuis le temps qu&#8217;il n&#8217;avait plus donné de nouvelles, ils devaient le croire mort. Il laissa tomber ses bras et y enfouit sa tête, soudain fatigué de toute cette mascarade.</p>
<p>Pendant un moment, il n&#8217;entendit que les chaussures claquer sur le trottoir, quand une faible pression sur son épaule lui fit redresser la tête. Il découvrit deux grands yeux gris, ouverts pleinement avec la pureté de l&#8217;enfance. Un petit garçon se tenait devant lui. Il devait avoir trois ans. Que faisait-il seul dans la rue à cette heure-ci ?</p>
<p>-Tu dors Monsieur ?</p>
<p>Il n&#8217;avait plus l&#8217;habitude des questions si directes des enfants. Depuis si longtemps qu&#8217;il n&#8217;avait pas vu le sien&#8230;</p>
<p>-Non&#8230; Mais je suis fatigué.</p>
<p>-Pourquoi tu es assis par terre ?</p>
<p>-Parce que je n&#8217;ai pas d&#8217;autre endroit où m&#8217;asseoir.</p>
<p>-Il y a des bancs dans la rue.</p>
<p>-Les bancs sont pris par les gens biens, tu sais.</p>
<p>Sans trop comprendre ce qu&#8217;il disait, le petit bonhomme se rapprocha de lui et fronça le nez.</p>
<p>-Tu sens mauvais.</p>
<p>Goran sourit malgré lui, dévoilant sa bouche édentée.</p>
<p>-C&#8217;est parce que je n&#8217;ai pas de maison. Alors je ne peux pas me laver.</p>
<p>-Pourquoi tu n&#8217;as pas de maison ?</p>
<p>-Parce que je n&#8217;ai pas d&#8217;argent pour en acheter.</p>
<p>-Et pourquoi tu n&#8217;as pas d&#8217;argent ?</p>
<p>Comment expliquer l&#8217;injustice des lois d&#8217;un pays à un enfant de trois ans, qui sait encore si peu de la vie ? Il n&#8217;avait pas le droit de lui parler de ses malheurs, pour conserver son innocence. Il découvrirait le véritable visage du monde par lui-même. Plus tard.</p>
<p>-Parce que je ne suis pas français, alors je ne peux pas avoir de travail.</p>
<p>Le garçon hocha la tête.</p>
<p>-Si tu n&#8217;as pas d&#8217;argent, tu ne peux pas manger.</p>
<p>Goran haussa les sourcils. Il observa, sur la retenue, l&#8217;enfant ouvrir son sac à dos pour en sortir un petit emballage en plastique. Quand il le lui tendit, Goran hésita puis s&#8217;en saisit de ses vieilles mains abîmées. Une brioche au chocolat. Il devait s&#8217;agir de la collation du petit garçon, préparée soigneusement pour la récréation.</p>
<p>Il refusa d&#8217;un signe de tête et le rendit à l&#8217;enfant.</p>
<p>-Tu vas te faire gronder si tu ne la manges pas.</p>
<p>-Je mentirai à Maman. Je dirai que je l&#8217;ai mangée.</p>
<p>Il lut tant de détermination dans ces yeux qu&#8217;un moment il pensa que seuls les enfants sont capables d&#8217;altruisme. Parce qu&#8217;on ne leur a pas encore appris comment écraser les autres pour faire leur place.</p>
<p>-Tu auras faim&#8230;</p>
<p>-J&#8217;ai pris un petit-déjeuner.</p>
<p>Ce qui n&#8217;était pas son cas, soit. Il se laissa peu à peu convaincre. Quand le garçon lui fourra son goûter dans les mains, il le garda entre elles. Son estomac n&#8217;attendait que ça.</p>
<p>-Bon, je dois me dépêcher d&#8217;aller à l&#8217;école. Au revoir Monsieur.</p>
<p>Et il le vit partir en courant sur ses petites jambes. Il songea avec regret qu&#8217;il n&#8217;avait pas eu le temps de lui demander pourquoi il était seul. Mais quand il baissa les yeux sur la brioche qu&#8217;il tenait dans les mains, encore dans son emballage, le soulagement le fit trembler. Il allait manger. Enfin.</p>
<p>La mort, même s&#8217;il la sentait dans son dos, l&#8217;attendrait encore un peu.</p>
<p style="text-align:right;"><a href="http://www.flickr.com/photos/daliadominguez/2976579819/lightbox/"><em>Image.</em></a></p>
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		<title>08-Camille</title>
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		<pubDate>Sat, 15 Oct 2011 20:48:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>defilsenaiguilles</dc:creator>
				<category><![CDATA[Echec et mat]]></category>

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		<description><![CDATA[       Un idéal des idéaux, un cheval des chevaux, un journal des journaux&#8230;   - Un oisal des oiseaux! - Bravo, Bastien! Très intelligent, comme à ton habitude.      La leçon de français de mademoiselle Goupet était une fois de plus ennuyeuse à mourir. Mais Bastien, le petit blondinet du troisième rang parvenait toujours à la [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=defilsenaiguilles.wordpress.com&amp;blog=23531351&amp;post=148&amp;subd=defilsenaiguilles&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>  </p>
<div class="mceTemp mceIEcenter">
<dl class="wp-caption aligncenter">
<dt class="wp-caption-dt"><img class="size-full wp-image-149" title="Porte_d_ecole_by_LE_Taka" src="http://defilsenaiguilles.files.wordpress.com/2011/10/porte_d_ecole_by_le_taka.jpg?w=490" alt=" "   /></dt>
<dd class="wp-caption-dd"></dd>
</dl>
</div>
<p>    Un idéal des idéaux, un cheval des chevaux, un journal des journaux&#8230;  </p>
<p>- Un oisal des oiseaux!</p>
<p>- Bravo, Bastien! Très intelligent, comme à ton habitude.</p>
<p>     La leçon de français de mademoiselle Goupet était une fois de plus ennuyeuse à mourir. Mais Bastien, le petit blondinet du troisième rang parvenait toujours à la faire passer plus vite. Et cette fois, parmi les nombreux rires des élèves de CE1, résonnait aussi celui de Camille. Elle qui pourtant, dès qu&#8217;elle s&#8217;asseyait en classe, avait pour habitude de regarder par la fenêtre et de se perdre parmi les chants des oiseaux et les reflets des fleurs naissantes, riait de bon coeur.</p>
<p>- Bon, il est presque midi, vous pouvez aller vou ranger dans la cour. Quant à toi Bastien, tu sortiras le dernier, conclut l&#8217;enseignante qui, même en essayant, n&#8217;arrivait jamais à s&#8217;énerver contre aucun de ses élèves. Comment la colère peut-elle vous envahir face à deux petits yeux sans le moindre vice, répétait-elle à ses collègues.</p>
<p>- Le dernier arrivé est une grosse limace!</p>
<p>La cour était en effervescence. Les garçons jouaient au foot, bousculant les filles qui elles, se racontaient leurs secrets. Seul un petit groupe était allé se ranger devant le portail, à l&#8217;écart des autres. C&#8217;est d&#8217;ailleurs ce qui reteint l&#8217;attention de mademoiselle Goupet, restée appuyée sur le pas de la porte de sa salle. Aucun élève n&#8217;allait jamais se ranger docilement pour aller au réfectoire un vendredi. Le vendredi, ils étaient intenables. Elle les regarda discuter un instant et s&#8217;en retourna à son bureau. Début juin, tout ce qui pouvait se balader dans la tête des élèves de l&#8217;école primaire du 25 rue de Rouelle, avait un parfum de vacances.</p>
<p>Enfin midi. Cette fois-ci tous élèves, y compris ceux des autres classes, se rassemblèrent devant la grille en attendant que quelqu&#8217;un les emmène déjeuner. C&#8217;était aujourd&#8217;hui le tour de monsieur Tarivole, le maître des CM2, et il était toujours en retard. Mais comme il leur épargnait le &#8220;deux par deux et donnez-vous la main&#8221;, les enfants le lui pardonnaient.</p>
<p>Le petit groupe s&#8217;installa à l&#8217;unique table ronde du réfectoire, près d&#8217;une fenêtre. Puis Camille, aux airs de reine de Bretagne, prit la parole.</p>
<p>- Une fois de plus, nous savons tous pourquoi nous sommes ici. Quelque chose se prépare et nous nous devons d&#8217;agir.</p>
<p>Au fil de ses mots, son regard se posait sur chacun de ses compagnons et aucun d&#8217;eux n&#8217;osait relever les yeux pour le croiser.</p>
<p>- La dernière fois que notre conseil s&#8217;est réuni, c&#8217;était en moyenne section de maternelle, lorsqu&#8217;il avait fallut se défendre du groupe des grands. Mais aujourd&#8217;hui, c&#8217;est un tout autre problème qui se pose à nous. Les grands sont encore plus grands et l&#8217;enjeu encore davantage.</p>
<p>- Nous t&#8217;écoutons Camille, répondit Alex, qui fut le plus bagarreur d&#8217;entre eux en maternelle.</p>
<p>- Il s&#8217;agit cette fois de saboter l&#8217;interrogation de lundi prochain. Vous savez déja tous que nombre d&#8217;entre nous ne la réussiront pas et ne passeront donc pas en CE2. C&#8217;est pourquoi nous devons agir. Personne n&#8217;a envie de perdre des amis à cause d&#8217;un devoir de fin d&#8217;année&#8230;</p>
<p>Aux mots &#8220;interrogation&#8221; et &#8220;saboter&#8221;, aucun ne put s&#8217;empêcher de tressaillir. Alice eut un léger rictus, Alex cracha sa purée et Aurore saisit la main de Mattieu, qu&#8217;elle ne lâcha plus du déjeuner.</p>
<p>- Mais enfin Camille, ce n&#8217;est pas toi qui nous a apprit à ne pas enfreindre le règlement?</p>
<p>- Si, c&#8217;est vrai. Tout comme il est vrai que je vous ai apprit à ne jamais laisser un camarade de classe.</p>
<p>- Et comment comptes-tu t&#8217;y prendre?</p>
<p>- On va tous avoir un rôle à jouer. Comme ça, le plan sera plus simple à exécuter et on pourra tous compter sur les autres. Voilà ce qu&#8217;on va faire. Mattieu, tu connais tous les horaires d&#8217;arrivée des maîtres le matins, non?</p>
<p>- Oui, mais comment&#8230;</p>
<p>- Toi Aurore, tu es inscrite au club de théâtre, c&#8217;est ça?</p>
<p>- Euh oui&#8230;</p>
<p>- Toi Alex, tu surveilles toujours les couloirs quand quelque chose se prépare et toi Alice, tu es la plus intelligente d&#8217;entre nous puisque tu es déja en CE2.</p>
<p>- Oui, mais&#8230; et toi Camille? Quelles sont tes aptitudes?</p>
<p>- Tous vous connaître. Comme ça je sais que j&#8217;ai choisi les meilleurs. Ce conseil n&#8217;existerait pas sinon.</p>
<p>La discussion continua après le repas. Dans un coin de la cour, le club des 5 était toujours réuni. Mais cette fois, mademoiselle Goupet eut l&#8217;air de s&#8217;en étonner et se mit à la fenêtre.</p>
<p>- On est repérés, grimaça Alice.</p>
<p>- Faut dire qu&#8217;on ne joue jamais ensemble d&#8217;habitude&#8230;</p>
<p>- A trois, chacun part de son côté, ce n&#8217;est pas le moment d&#8217;éveiller des soupçons! Vous aurez tous un mot dans votre cartable avant ce soir. Apprenez le plan par coeur et on se retrouve lundi devant l&#8217;école.</p>
<p>Chacun rejoignit ses amis de tous les jours, comme si de rien n&#8217;était. L&#8217;après-midi fut incroyablement long, à croire que l&#8217;horloge tournait en sens inverse. On n&#8217;échangeait aucun regard, aucun sourire. Camille avait retrouvé ses fleurs et ses oiseaux, auxquels elle adressa un petit signe de la main quand l&#8217;heure de partir fut enfin arrivée. Elle était parvenue à glisser un message, griffoné entre les lignes d&#8217;exercices de mathématiques -il fallait bien que certains problèmes en résolvent d&#8217;autres- dans les sacs à dos de ses compagnons. Alice eut le sien sur un papier de chewing-gum à la sortie de l&#8217;école. Ils n&#8217;avaient plus qu&#8217;à rentrer chez eux et profiter au maximum de leur week-end.</p>
<p>Les deux jours passèrent rapidement et le lundi tant attendu s&#8217;avéra maussade. A 8h30, sur le parking de l&#8217;école, un léger brouillard masquait l&#8217;arrivée des élèves. Chacun embrassait ses parents et se dirigeait vers le portail. Seul un petit groupe semblait attendre quelque chose.</p>
<p>- Bon tout le monde sait ce qu&#8217;il a à faire?</p>
<p>- Oui général! ricannèrent les quatre autres.</p>
<p>- Alors allons-y, elle arrive!</p>
<p>8h33. Une coccinelle rouge se gara à la même heure et à la même place que les autres jours. La portière gauche s&#8217;ouvrit et mademoiselle Goupet descendit de sa voiture, bientôt encerclée par trois écoliers qui faisaient la moitié de sa taille.</p>
<p>- On ne fera pas l&#8217;interrogation. Aurore est très malade et elle est entrain de tousser sur tout le monde, et Alexandre a votre poisson rouge en otage.</p>
<p>- C&#8217;est une révolte?</p>
<p>-Non maîtresse, c&#8217;est une révolution!</p>
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	</item>
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		<title>07-Julie</title>
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		<pubDate>Wed, 31 Aug 2011 19:38:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>defilsenaiguilles</dc:creator>
				<category><![CDATA[Echec et mat]]></category>

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		<description><![CDATA[ Julie       La voiture tourne au coin de la rue. Une main à la vitre esquisse un au revoir à l’arrière goût d’adieu. Et tout devient noir&#8230; Le film est terminé. Julie pleure, comme à chaque fois qu’elle le regarde. Elle range délicatement le dvd dans son boîtier et le repose sur l’étagère au milieu [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=defilsenaiguilles.wordpress.com&amp;blog=23531351&amp;post=132&amp;subd=defilsenaiguilles&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="mceTemp mceIEcenter">
<dl class="wp-caption aligncenter">
<dt class="wp-caption-dt"><img class="size-full wp-image-135" title="Montmartre_pigalle_by_SteamGobelin" src="http://defilsenaiguilles.files.wordpress.com/2011/08/montmartre_pigalle_by_steamgobelin2.jpg?w=490" alt=" "   /></dt>
<dd class="wp-caption-dd"></dd>
</dl>
</div>
<p style="text-align:center;"> Julie</p>
<p>      La voiture tourne au coin de la rue. Une main à la vitre esquisse un au revoir à l’arrière goût d’adieu. Et tout devient noir&#8230; Le film est terminé. Julie pleure, comme à chaque fois qu’elle le regarde. Elle range délicatement le dvd dans son boîtier et le repose sur l’étagère au milieu des autres. Volets clos, fenêtres ouvertes, elle a passé sa journée dans la pénombre et la chaleur imprévue d’un printemps qui s’essouffle. Une chaleur lourde et humide, qui pèse sur les épaules.</p>
<p>Elle passe une main dans ses cheveux et remet une mèche derrière son oreille. Puis elle se laisse tomber sur le sol, dos au mur, la tête entre les genoux. Il est 21h. Hier à la même heure, sa mère a téléphoné. Une communication qui n’a duré que quelques secondes mais dont chaque mot résonne encore dans sa tête. « Ta grand-mère nous a quittés. Ses dernières pensées ont été pour toi. » Et elle a raccroché.</p>
<p>« Nous a quittés »… Cette pensée l’écoeure. Comme si la mort était un départ volontaire. Julie aurait voulu crier « morte, elle est morte ! » mais aucun son n’était sorti de sa bouche et seul l’écho de sa voix lui aurait répondu. Puis elle a jeté son portable par la fenêtre. Une raison valable pour ne pas répondre aux appels de Marc, se dit-elle aujourd’hui. Lui aussi l’a abandonnée, dimanche, la laissant attendre seule sous la pluie, une fois de plus.</p>
<p>Julie compte ses amis sur les doigts d’une main et Marc vient de lui en couper un, au plus mauvais moment. Il lui a envoyé depuis une vingtaine de messages. Elle n’en a lu aucun. Peut-être s’inquiète-t-il qu’elle ne soit pas allée à la fac…</p>
<p>Quant à sa famille, elle ne vaut guère mieux. Bien que ses parents habitent aussi Paris, elle n’est pas retournée chez elle depuis qu’elle s’est installée en centre-ville il y a deux ans, depuis qu’elle étudie à la Sorbonne. Elle ne s’est jamais entendue avec sa mère et ne comprendra jamais comment son père y arrive. Seuls ses grands-parents comptaient à ses yeux et une véritable plaie vient de s’ouvrir en elle. Mais ce qui la rend si morose aujourd’hui c’est que même pour sa grand-mère, alors qu’une page de son enfance vient encore de se tourner, elle n’a pas réussi à verser une seule larme.</p>
<p>A 20 ans, Julie sait qu’elle n’a pas vu grand-chose du monde qui l’entoure, mais elle sait qu’elle en a vu assez et est déjà blasée de la vie. Et puis c’est vrai, ça sert à quoi la vie ? Pourquoi Hitler ? Pourquoi la peste et le cancer ? Pourquoi Hiroshima ? Pourquoi le chômage et la famine ? Pourquoi l’amour s’il y a la haine ? La religion ? Dieu se fout de tout le monde et tout le monde s’en fout. Elle se lève le matin en se disant « pas le choix » et se couche en se disant que « demain sera meilleur ».</p>
<p>Mais ce lendemain ne vient jamais. Toujours le même décor. Marre des gens qui ne se soucient de rien et se moquent de tout. Marre de cette vie où rien n’est juste, où l’on se bat sans plus savoir pourquoi. Les bébés pleurent en venant au monde, c’est déjà éloquent. Aujourd’hui, des valeurs comme l’amour et l’amitié ne signifient plus grand chose. Les hommes gagneraient à perdre en humanité et à retrouver un certain idéal.</p>
<p>Mais même à ça, Julie n’y croit plus. Elle n’a jamais eu la prétention d’être quelqu’un de bien, mais simplement l’ambition de faire ce qu’elle peut pour y parvenir. Aider une vieille dame à traverser la route, quelques pièces glissées dans les mains d’un mendiant…Bien sûr, ce n’est pas grand-chose mais les sourires que les gens lui rendent la rendent heureuse à son tour. Elle se dit que si tout le monde faisait pareil, que si les gens prenaient un peu plus le temps de regarder autour d’eux, le monde serait bien plus beau.</p>
<p>Mais aujourd’hui, elle ne ressent plus que de la lassitude, de l’impuissance face à cette vie qui n’a de cesse de lui prouver qu’on pourra toujours trouver pire. Elle a depuis longtemps perdu ses rêves mais peut-être n’osait-elle pas se l’avouer. Son enfance s’est envolée et ses « quand je serai grande, je serai présidente et je changerai le monde » aussi. Elle ne croit plus en rien alors comment pourrait-elle encore croire en elle ? Elle se répète de plus en plus « qu’est-ce que je fais là ? » et trouve la réponse avant même d’avoir fini la question.</p>
<p>Plus elle réfléchit, moins Julie trouve de solutions. Elle se relève, remet une seconde mèche en place et penche la tête sur le côté, sans en avoir conscience, à la manière de sa grand-mère. Puis elle se rend dans sa chambre dont elle ressort avec un cahier et un stylo. Elle ouvre la porte qui donne sur le balcon et s’appuie sur la rambarde pour contempler la rue, quatre étages plus bas. Le soleil va bientôt se coucher et le vent s’est levé. Son regard se perd dans les nuages dont les reflets roses dégagent un parfum d’ironie. <em>Adieu le rose bonbon, Julie.</em> Paris est radieuse à cette heure. La rue est calme. Puis elle griffonne quelques lignes sur une page avant de l’arracher, comme la vie lui a arraché ses rêves, et la pose à l’intérieur. Et elle saute, ne laissant d’elle que quelques mots écrits d’une main tremblante à l’encre bleue. Quelques mots que la concierge trouvera le soir même.</p>
<p><em>Continuez à vous marcher dessus sans écouter personne. Mais si c’est ça la vie, moi je n’en veux pas. Signé : une petite conne pleine d’idéaux dans un monde de nazes.</em></p>
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		<title>08-Maxime</title>
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		<pubDate>Sat, 20 Aug 2011 15:14:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>defilsenaiguilles</dc:creator>
				<category><![CDATA[Merlin]]></category>

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		<description><![CDATA[Maxime Maxime se leva ce matin-là avec l&#8217;espoir que la journée à venir soit aussi agréable que les précédentes. Il avait eu du mal à trouver le sommeil la veille mais malgré tout, une fois qu&#8217;il s&#8217;était endormi, il avait fait de très beaux rêves, comme on dit. Il avait de toute façon le pressentiment [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=defilsenaiguilles.wordpress.com&amp;blog=23531351&amp;post=127&amp;subd=defilsenaiguilles&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="aligncenter size-full wp-image-128" title="08-Maxime" src="http://defilsenaiguilles.files.wordpress.com/2011/08/08-maxime.jpg?w=490" alt=""   /></p>
<p style="text-align:center;"><strong>Maxime</strong></p>
<p>Maxime se leva ce matin-là avec l&#8217;espoir que la journée à venir soit aussi agréable que les précédentes. Il avait eu du mal à trouver le sommeil la veille mais malgré tout, une fois qu&#8217;il s&#8217;était endormi, il avait fait de très beaux rêves, comme on dit. Il avait de toute façon le pressentiment que son état actuel ne changerait pas avant plusieurs mois. Comme à chaque fois qu&#8217;il était amoureux, d&#8217;ailleurs.</p>
<p>Cette pensée le fit sourire béatement et il ne se reprit que quelques secondes plus tard, se souvenant qu&#8217;il devait se dépêcher pour ne pas arriver en retard au bureau. Ou plutôt, pour arriver le plus en avance possible. C&#8217;était idiot, il le savait, puisque la personne qu&#8217;il voulait voir n&#8217;aurait peut-être pas eu la même idée naïve que lui.</p>
<p>Malgré tout, il alla rapidement prendre sa douche, s&#8217;habilla et sortit, presque une heure en avance par rapport à d&#8217;habitude. En s&#8217;en rendant compte, il se sentit idiot, mais il n&#8217;y pouvait rien. S&#8217;il restait chez lui, il passerait son temps à s&#8217;imaginer ce qu&#8217;il se passerait dans la journée, l&#8217;estomac noué. D&#8217;ailleurs, ça avait déjà commencé. En fait, il ne faisait que déplacer le problème puisqu&#8217;il se prendrait la tête au boulot au lieu de chez lui, mais quand il était comme ça, il fallait qu&#8217;il bouge, occuper son corps au maximum pour s&#8217;empêcher de trop réfléchir. À la longue, c&#8217;était fatigant.</p>
<p>Pendant la demi-heure de voiture qu&#8217;il devait faire pour arriver à la banque, il ne put se retenir de se plonger dans les souvenirs de la soirée de l&#8217;avant-veille, qu&#8217;il aurait voulu revivre sans fin tant il avait trouvé l&#8217;instant magique. Lorsqu&#8217;il avait invité Clément à dîner, il avait déjà été heureusement surpris de sa réponse. Et encore, c&#8217;était un euphémisme. Il avait fait de son mieux pour se contrôler mais à l&#8217;intérieur son cœur faisait des sauts de joie.</p>
<p>Il y pensait depuis longtemps mais n&#8217;aurait jamais cru oser, et maintenant il se disait qu&#8217;il avait bien fait&#8230; C&#8217;est fou comme il faut du courage pour faire quelque chose, parce qu&#8217;on a peur de ce qu&#8217;il va se passer si on agit et qu&#8217;on préfère rester dans l&#8217;inaction rassurante, mais lorsqu&#8217;on l&#8217;a fait, le soulagement est immense&#8230;</p>
<p>Ils avaient quitté la banque tous les deux, Clément avait suivi Maxime en voiture jusqu&#8217;au restaurant préféré de ce dernier où ils avaient pris une table et s&#8217;étaient timidement installés, quasiment sans dire un mot. Ils se regardaient à la dérobée, rougissant chacun leur tour. Maxime n&#8217;arrivait pas à croire que cela arrivait enfin, et alors qu&#8217;il en avait rêvé et l&#8217;avait imaginé de nombreuses fois, il ne savait ni quoi faire ni quoi dire. C&#8217;est l&#8217;arrivée du serveur qui les avait décoincés, lorsqu&#8217;il avait enfin fallu parler pour choisir quoi manger.</p>
<p>En attendant que l&#8217;entrée arrive -Maxime avait réussi à convaincre Clément de prendre un menu complet, se souciant bien peu du prix- ils avaient commencé à échanger quelques mots, les informations essentielles sur chacun d&#8217;eux. Maxime avait été étonné d&#8217;apprendre que Clément était plus vieux que lui, car il ne s&#8217;en était même pas aperçu. Ils avaient parlé de leur vie, leurs familles, leurs études. Peu à peu des allusions timides étaient venues, et tous deux avaient compris que depuis longtemps, aucun des deux n&#8217;osait faire le premier pas. <em>Mince, si j&#8217;avais su</em>&#8230;, avait pensé Maxime. Et même s&#8217;il se doutait que Clément avait pensé la même chose, cela ne servait à rien de regretter. Il préférait être content d&#8217;avoir eu le courage de le faire au lieu d&#8217;attendre que ce soit l&#8217;autre qui le fasse, ce qui ne serait peut-être jamais arrivé.</p>
<p>Ils avaient tous deux implicitement retardé la fin du repas, discutant beaucoup plus une fois venu le dessert. Mais il avait fallu payer l&#8217;addition, et sortir. Il faisait bon, une fois le soleil couché Paris l&#8217;été est une ville magnifique. Ils avaient marché un peu avant d&#8217;arriver à l&#8217;endroit où leurs voitures respectives étaient garées, côte à côte. Ils s&#8217;étaient tus, perdant d&#8217;un coup tous leurs moyens. Ils se regardaient en biais, et finalement Maxime avait souri, avant de se rapprocher de son collègue. Et ils s&#8217;étaient embrassés, tout doucement, entre leurs deux voitures. Ils s&#8217;étaient séparés sur un « au revoir » murmuré en chœur, ayant tous les deux trop peur pour aller plus loin le premier soir.</p>
<p>Un sourire rêveur était apparu sur ses lèvres et il se rendit compte qu&#8217;il était arrivé. Il se gara, descendit de sa voiture et ce n&#8217;est qu&#8217;en arrivant devant la porte qu&#8217;il se souvint de la seule information qu&#8217;il aurait du retenir : il ne travaillait pas ce jour-là.</p>
<p>Il se mit à rire comme un idiot. Trop obnubilé par sa volonté de revoir Clément, il en avait oublié que tous deux étaient en congés, son collègue parce que son patron l&#8217;avait jugé nécessaire, et lui pour passer la journée avec Clément. Quel imbécile il faisait&#8230; Il inspira profondément et regarda le ciel en pensant que cette journée serait sûrement meilleure qu&#8217;il ne l&#8217;avait espérée. Il fit quelques pas sur le trottoir, regardant sa montre et constatant qu&#8217;il lui restait une demi-heure avant de le retrouver chez lui. Il arpenta le bord de la route plusieurs minutes, le nez en l&#8217;air et les mains dans les poches, jusqu&#8217;à ce qu&#8217;une voix fatiguée l&#8217;interrompe :</p>
<p>-Une petite pièce s&#8217;il vous plaît&#8230;</p>
<p>Il tourna la tête et découvrit, assis contre un mur, les genoux ramenés contre lui dans ses vêtements sales et râpés, une homme d&#8217;une cinquantaine d&#8217;années dont la barbe grise cachait le visage. Il sortit son porte-monnaie et déposa un billet de vingt euros dans le béret posé sur le trottoir, avant de s&#8217;éloigner le cœur un peu plus léger.</p>
<p style="text-align:right;"><em>Image : <a href="http://browse.deviantart.com/?qh=&amp;section=&amp;q=blue+sky#/dzpn86">Blue blue sky</a>.</em></p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/defilsenaiguilles.wordpress.com/127/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/defilsenaiguilles.wordpress.com/127/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/defilsenaiguilles.wordpress.com/127/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/defilsenaiguilles.wordpress.com/127/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/defilsenaiguilles.wordpress.com/127/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/defilsenaiguilles.wordpress.com/127/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/defilsenaiguilles.wordpress.com/127/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/defilsenaiguilles.wordpress.com/127/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/defilsenaiguilles.wordpress.com/127/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/defilsenaiguilles.wordpress.com/127/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/defilsenaiguilles.wordpress.com/127/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/defilsenaiguilles.wordpress.com/127/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/defilsenaiguilles.wordpress.com/127/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/defilsenaiguilles.wordpress.com/127/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=defilsenaiguilles.wordpress.com&amp;blog=23531351&amp;post=127&amp;subd=defilsenaiguilles&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>06-John</title>
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		<pubDate>Sun, 31 Jul 2011 20:59:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>defilsenaiguilles</dc:creator>
				<category><![CDATA[Echec et mat]]></category>

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			<content:encoded><![CDATA[<div class="mceTemp mceIEcenter">
<dl class="wp-caption aligncenter">
<dt class="wp-caption-dt"><img class="size-full wp-image-123" title="Coffe_and_Croissants_by_Nunetts" src="http://defilsenaiguilles.files.wordpress.com/2011/07/coffe_and_croissants_by_nunetts1.jpg?w=490&#038;h=356" alt=" " width="490" height="356" /></dt>
<dd class="wp-caption-dd"></dd>
</dl>
</div>
<p>8h30. Le réveil sonne sur un air de Polnareff. Une main malhabile émerge des draps jusqu&#8217;à trouver le bouton qui arrêtera ce vacarme. En un instant arraché au sommeil, John se lève. <em>Mon vieux, une grosse journée t&#8217;attend, </em>se dit-il. Il baîlle, s&#8217;étire péniblement, baîlle encore et se dirige vers la salle de bain. Il ouvre sa valise, en sort chemises, cravates et pantalons et la referme avant de se lancer dans un terrible dilemme : comment s&#8217;habiller en cette première journée de tourisme? Et ce n&#8217;est qu&#8217;après une demi-heure d&#8217;indécision qu&#8217;il finit par quitter son appartement en smoking noir. C&#8217;est ainsi qu&#8217;en ce pâle matin de printemps, se trouve un petit new-yorkais perdu dans les rues de Paris.</p>
<p>A bientôt 33 ans, John Mcfear est déja un riche homme d&#8217;affaires. Principal actionnaire d&#8217;une entreprise de créations de mangas implantée à New-York, il est de passage en Europe pour changer son propre décor et Paris, qu&#8217;il n&#8217;a jamais eu l&#8217;occasion de visiter lui sembait la destination idéale. L&#8217;agitation incessante qu&#8217;il supporte tous les jours l&#8217;a poussé à louer un appartement dans un petit immeuble rue Fallempin qui, bien qu&#8217;il ne connaisse pas les lieux, lui paraissait relativement calme.</p>
<p>Un regard sur sa montre qui affiche 9h30. Il marche depuis 5 minutes tout en réfléchissant à comment occuper ce mois de repos bien mérité. Et alors qu&#8217;une fine brise mêlée de pluie se lève, les alertes de son estomac lui rappelent qu&#8217;il n&#8217;a encore rien avalé. Heureusement, son radar à croissants guide maintenant ses pas vers une boulangerie-salon de thé située à une trentaine de mètres plus loin. Sa foulée s&#8217;allonge à mesure que l&#8217;averse se fait plus forte et il manque de tomber plusieurs fois. Mais aucun trottoir glissant ne le privera d&#8217;un petit-déjeuner. Puis il arrive enfin en ce lieu qu&#8217;il tient pour paradisiaque, haletant mais déja envoûté par les parfums qui y règnent.</p>
<p>Après quelques minutes d&#8217;attente dont il profite pour passer en mode dictionnaire, John commande trois croissants et un café, dans un français que lui-même comprend à peine. Et devant l&#8217;air perplexe d&#8217;une boulangère -au combien charmante- le doigt pointé sur la porte des toilettes, il finit par lui montrer ce qu&#8217;il veut dans la vitrine.. Puis il sort, triomphant, quelques euros de sa poche et va s&#8217;asseoir à une table près de la fenêtre. La pluie martèle les vitres, accompagnée par une musique douce qui envahit la salle. Il n&#8217;en comprend aucune parole mais l&#8217;air le pousse à sourire.</p>
<p>&#8220;Voila votre café et vos croissants monsieur, lui dit un jeune serveur. Et alors que John lui demande poliment un peu de lait, il hausse les épaules et lui tend un quatrième croissant.</p>
<p><em>C&#8217;est pas vrai&#8230;</em></p>
<p><span style="font-family:mceinline;">-Je crois que ce monsieur voudrait du lait, s&#8217;exclame alors une voix derière lui. Il se retourne et croise deux grands yeux bleus posés sur lui. Il articule un merci mademoiselle.</span></p>
<p>-Votre français est redoutable, répond-t-elle l&#8217;air malicieux.</p>
<p>-Et votre anglais parfait. Je vois que vous êtes seule alors pour vous remercier, nous pourrions partager ces croissants?</p>
<p>Et alors qu&#8217;il prend place à la table voisine, ce n&#8217;est plus la musique qui le fait sourire, mais la joie d&#8217;une aussi belle rencontre.</p>
<p>-Alors, que fait une ravissante jeune femme en tête à tête avec un café de si bonne heure?</p>
<p>-Appelez-moi Marie.</p>
<p>-Que si vous m&#8217;appelez John.</p>
<p>-Eh bien elle le boit, John. Vous êtes toujours comme ça ou ce n&#8217;est qu&#8217;avec moi?</p>
<p>-On ne partage pas tous les jours un petit-déjeuner avec quelqu&#8217;un qu&#8217;on ne connaît pas dans une ville que l&#8217;on ne connaît guère plus.</p>
<p>-Vous ne connaissez pas Paris?</p>
<p>-Je n&#8217;y suis jamais venu. J&#8217;ai un mois pour visiter la ville.</p>
<p>-Et que faîtes-vous dans la vie pour prendre des vacances en plein mois de mai?</p>
<p>-Je travaille pour une entreprise à New-York. Vous n&#8217;y êtes jamais allée?</p>
<p>-Alors nous sommes quittes.</p>
<p>-Et vous, que faîtes-vous dans la vie?</p>
<p>-J&#8217;enseigne le droit en faculté.</p>
<p>-J&#8217;ai fait des études de droits moi aussi, puis j&#8217;ai reprit les affaires de mon père après sa mort.</p>
<p>-Je suis désolée.</p>
<p>-Il n&#8217;y a pas de quoi, c&#8217;était il y a des années.</p>
<p>Un silence gêné s&#8217;instaure. John la regarde jouer nerveusement avec sa serviette.</p>
<p>-J&#8217;ai envie de vous connaître, Marie.</p>
<p>-Vous dites ça à toutes les femmes ou vous avez vraiment besoin d&#8217;un guide touristique?</p>
<p>-Je suis sincère. On pourrait se voir les jours où vous ne travaillez pas? Je vous en prie, dites oui.</p>
<p>-C&#8217;est d&#8217;accord, j&#8217;accepte. Et puis j&#8217;ai envie de vous connaître moi aussi. Comme vous l&#8217;avez dit, ce n&#8217;est pas tous les jours qu&#8217;on rencontre un bel homme comme vous qui nous offre des croissants. Vous allez être content je ne travaille pas le lundi.</p>
<p>Elle lui sourit et échappe sa serviette. Ils se baissent pour la ramasser et se relèvent. Leurs lèvres se frôlent.</p>
<p>-On se croirait dans un film, lui dit-il.</p>
<p>-Alors j&#8217;espère qu&#8217;il dure longtemps.</p>
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		<title>07-Clément</title>
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		<pubDate>Wed, 27 Jul 2011 09:39:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>defilsenaiguilles</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Clément Le film défilait devant ses yeux et il fixait rêveusement son écran d&#8217;ordinateur. Encore une fois, son boulot n&#8217;avait pas assez d&#8217;importance pour le tirer de cet état quasi léthargique dans lequel il était plongé de plus en plus souvent ces derniers temps. Seul dans son bureau, il oubliait sont travail, le lieu où [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=defilsenaiguilles.wordpress.com&amp;blog=23531351&amp;post=115&amp;subd=defilsenaiguilles&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="aligncenter size-full wp-image-116" title="07-Clément" src="http://defilsenaiguilles.files.wordpress.com/2011/07/07-clc3a9ment.jpg?w=490" alt=""   /></p>
<p style="text-align:center;"><strong>Clément</strong></p>
<p>Le film défilait devant ses yeux et il fixait rêveusement son écran d&#8217;ordinateur. Encore une fois, son boulot n&#8217;avait pas assez d&#8217;importance pour le tirer de cet état quasi léthargique dans lequel il était plongé de plus en plus souvent ces derniers temps. Seul dans son bureau, il oubliait sont travail, le lieu où il se trouvait, et ses pensées vagabondaient pendant plusieurs heures, jusqu&#8217;à ce qu&#8217;un coup de téléphone ou une visite intempestive le rappelle à ses obligations.</p>
<p>Cependant il avait compris la veille qu&#8217;à partir de ce jour la donne serait un peu différente. Cela faisait plusieurs mois qu&#8217;il avait accepté les avances de Jeanne et qu&#8217;il la voyait régulièrement. Cliente de la banque où il travaillait, elle avait été amenée à prendre rendez-vous avec lui. Lorsqu&#8217;elle avait commencé à lui parler de ses problèmes financiers, il avait compris que quelque chose n&#8217;allait pas. C&#8217;est quand elle avait demandé à le revoir qu&#8217;il l&#8217;avait prise en pitié. Il avait accepté, mais s&#8217;était juré de ne pas s&#8217;attacher, car la douleur de cette femme n&#8217;était pas de celles qui attendrissent mais plutôt de celles, malsaines, qui contaminent les autres.</p>
<p>Finalement, la veille, quand elle était partie sans un mot, il avait été soulagé de savoir qu&#8217;il n&#8217;aurait plus à endurer son mal-être par charité. Mais la donne pour le reste de sa vie changeait alors et il avait du mal à imaginer ce qui se passerait pour lui à l&#8217;avenir.</p>
<p>-Je vous dérange ?</p>
<p>Brutalement surpris il sursauta et s&#8217;empressa de mettre sur pause le film qu&#8217;il regardait à peine, tout en sachant parfaitement que le soudain arrivant avait eu le temps de comprendre ce qu&#8217;il faisait -c&#8217;est à dire pas grand chose. Se raclant la gorge, Clément répondit toutefois :</p>
<p>-Pas du tout, chef.</p>
<p>Il baissa les yeux immédiatement, craignant la colère de son supérieur. Mais celui-ci resta calme et s&#8217;approcha de son bureau sur le rebord duquel il s&#8217;assit. Clément, osant alors le regarder, leva la tête et perçut la gêne de son supérieur. Il se mit à redouter le pire. Il ferma à moitié les yeux quand son patron commença :</p>
<p>-Vous savez, Clément, j&#8217;ai bien vu que quelque chose n&#8217;allait pas ces derniers temps. Vous n&#8217;êtes pas à ce que vous faites, vous rêvassez tout le temps&#8230; Je ne veux pas me mêler de votre vie privée, je ne sais pas quels sont vos problèmes mais s&#8217;ils vous empêchent de travailler je dois vous dire de faire attention. J&#8217;ai décidé de vous donner quelques jours de repos.</p>
<p>Clément se figea et fronça les sourcils, n&#8217;osant pas croire qu&#8217;il allait s&#8217;en tirer aussi facilement. Son chef dut sentir son trouble et le rassura dans un sourire :</p>
<p>-Ne vous inquiétez pas, ce n&#8217;est pas une blague. Vous pouvez rester ici pour le peu de temps qu&#8217;il reste avant la fin de la journée et disons qu&#8217;à partir de demain vous êtes en week-end.</p>
<p>Un week-end de quatre jours, conclut Clément en souriant à son tour.</p>
<p>-Merci, souffla-t-il.</p>
<p>-Bonne soirée, lança son patron en sortant rapidement de la pièce comme s&#8217;il ne s&#8217;était rien passé.</p>
<p>Clément haussa les sourcils et resta immobile quelques secondes avant de se mettre au travail, histoire de ne pas avoir trop mauvaise conscience au moment de partir.</p>
<p>Mais rien à faire, ce jour-là il n&#8217;arrivait pas à se concentrer. Il ne regrettait pas la fin de son histoire avec Jeanne. Celle-ci n&#8217;avait jamais eu de sens pour lui. Elle n&#8217;était pas la personne qu&#8217;il lui fallait, de près de quinze ans son aînée et déjà trop abîmée par la vie pour le rendre heureux.</p>
<p>Il rêvait de plus jeune, plus&#8230; viril. Un soupir lui échappa à cette idée et il secoua la tête pour ne plus y penser. Mais malgré lui il y revenait toujours. Depuis la veille au soir, même s&#8217;il se disait que c&#8217;était peine perdue, il avait conscience d&#8217;être libre et ne parvenait pas à l&#8217;ôter de ses pensées.</p>
<p>Cela faisait plusieurs mois que ça durait et plus le temps passait plus ça le rendait malade. Savoir qu&#8217;il allait passer les quatre prochains jours à ruminer sa solitude n&#8217;arrangeait pas les choses. Voyant qu&#8217;il n&#8217;était toujours pas au travail, il décida qu&#8217;il était temps de partir. Dans des gestes agacés et las, il rassembla ses affaires dans sa sacoche et alla enfiler son manteau mais on frappa à la porte de son bureau.</p>
<p>-Oui ?, lança-t-il d&#8217;une voix fatiguée.</p>
<p>La porte s&#8217;ouvrit doucement et il s&#8217;immobilisa en reconnaissant l&#8217;objet de ses pensées. Il devait avoir l&#8217;air idiot à rester ainsi sans bouger, son manteau à moitié enfilé mais son cerveau s&#8217;était mis en pause, bloqué sur l&#8217;homme qui lui faisait face.</p>
<p>Maxime, de son prénom. La trentaine, alors que lui avait quarante ans. Plus grand que lui, les épaules larges. Le visage ovale et le nez droit. D&#8217;adorables boucles châtain et un regard terriblement tendre&#8230;</p>
<p>Clément tenta de se reprendre et reposa brutalement son manteau tout en adressant un sourire maladroit à Maxime. Celui-ci s&#8217;avança vers lui et son cœur s&#8217;affola. Enfin, il commença à parler et Clément frémit de cette voix qu&#8217;il n&#8217;avait que peu entendue, par manque d&#8217;assurance ou d&#8217;audace.</p>
<p>-Bonsoir&#8230; Excusez-moi de vous déranger, je vois que vous alliez partir mais&#8230; J&#8217;aurais voulu&#8230; Enfin, si vous êtes libre&#8230;</p>
<p>Clément déglutit, incapable de répondre, n&#8217;osant trop croire à ce qui était en train de se passer. Maxime semblait chercher ses mots.</p>
<p>-Bon, est-ce que ça vous dirait de dîner avec moi ce soir ?</p>
<p>Il eut l&#8217;impression furtive que son cœur se défaisait en milliers de papillons frétillant dans sa poitrine et mit du temps avant d&#8217;articuler un timide :</p>
<p>-&#8230; Oui&#8230; Avec plaisir.</p>
<p>Ils échangèrent un sourire et Clément bénit alors la porte qui s&#8217;était ouverte sur le début de nouveaux espoirs.</p>
<p style="text-align:right;"><em>Image : <a href="http://anddy24.deviantart.com/art/green-eyes-234853915?q=boost%3Apopular%20in%3Aphotography%20green%20eyes&amp;qo=176">green eyes</a>.</em></p>
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		<title>06-Jeanne</title>
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		<pubDate>Tue, 19 Jul 2011 16:55:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>defilsenaiguilles</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Jeanne Quel bonheur que les corvées ménagères&#8230; Il n&#8217;y avait rien qu&#8217;elle détestait plus que les tâches d&#8217;une femme au foyer, et pourtant c&#8217;était son quotidien. À bien y réfléchir, elle ne voyait rien de pire que de construire sa vie sur ce dont on a horreur. Mais sa colère contenue depuis son mariage, enfermée [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=defilsenaiguilles.wordpress.com&amp;blog=23531351&amp;post=108&amp;subd=defilsenaiguilles&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:center;"><img class="aligncenter size-full wp-image-112" title="06-Jeanne" src="http://defilsenaiguilles.files.wordpress.com/2011/07/06-jeanne1.jpg?w=490" alt=""   /></p>
<p style="text-align:center;"><strong>Jeanne</strong></p>
<p>Quel bonheur que les corvées ménagères&#8230;</p>
<p>Il n&#8217;y avait rien qu&#8217;elle détestait plus que les tâches d&#8217;une femme au foyer, et pourtant c&#8217;était son quotidien. À bien y réfléchir, elle ne voyait rien de pire que de construire sa vie sur ce dont on a horreur.</p>
<p>Mais sa colère contenue depuis son mariage, enfermée et transformée en aigreur, l&#8217;avait rendue désabusée à tel point qu&#8217;elle n&#8217;arrivait même plus à rêver d&#8217;une vie meilleure. Elle ne croyait plus au bonheur qu&#8217;on s&#8217;imagine quand on rencontre l&#8217;amour, qu&#8217;on est encore jeune et romantique. Tout cela ne dure par longtemps, elle avait pu le constater.</p>
<p>Son mari ne s&#8217;était guère intéressé à sa personne au-delà des quelques mois de bonheur qui avaient suivi leur lune de miel. Après la naissance de Claire, lorsque ses seins et son ventre s&#8217;étaient flétris, il avait été voir ailleurs. Désormais il n&#8217;avait d&#8217;intérêt que pour le côté pratique du mariage -femme bonniche- et négligeait le reste.</p>
<p>Passé cette première déception, elle s&#8217;était dit que c&#8217;était sûrement ainsi que cela devait se passer. Les époux ne sont unis sur la longueur que par le fruit de leur procréation -et encore&#8230; Le reste n&#8217;est que formalités et politesses.</p>
<p>Alors elle avait pensé que faire comme son mari arrangerait les choses. Elle avait pris un premier amant. Elle n&#8217;avait pas eu trop de mal à cela, étant encore belle à l&#8217;époque. Seul son mari, l&#8217;ayant vue devenir moins séduisante avec l&#8217;âge, avait jugé qu&#8217;elle n&#8217;avait plus d&#8217;intérêt. Mais comme ce dernier, son amant s&#8217;était rendu compte au fur et à mesure des marques laissées par l&#8217;âge, et l&#8217;avait à son tour laissée tomber.</p>
<p>Elle avait alors compris que tous les hommes étaient ainsi. Deuxième et dernière déception. À partir de là, elle n&#8217;avait plus rien attendu de personne. Son mari ne faisait que rapporter de l&#8217;argent à la maison. Sa fille grandissait sans son aide. Ses amants la distrayaient. Et elle acceptait son sort, en gardant toutefois un arrière-goût âcre dans la bouche.</p>
<p>Une douleur au creux de la main lui rappela d&#8217;ailleurs qu&#8217;elle n&#8217;avait pas le temps de s&#8217;égarer dans ses pensées. Elle jeta un coup d’œil au sang qui s&#8217;échappait de sa paume. Ses blessures de guerre n&#8217;avaient rien d&#8217;héroïque. Il y a plus glorieux que s&#8217;ouvrir la main en épluchant des légumes.</p>
<p>Comprimant sa coupure avec un torchon, elle jeta ceux-ci d&#8217;une main dans une poêle avec un peu d&#8217;huile puis se rendit dans la salle de bain pour se soigner. Elle fit cela vite pour retourner à sa cuisine et finir le repas à temps. Ce n&#8217;était pas encore l&#8217;heure du dîner mais elle avait des projets pour la soirée.</p>
<p>Elle s&#8217;arrangea pour terminer rapidement le plat puis le versa dans une boîte hermétique qu&#8217;elle plaça au réfrigérateur. Ainsi son mari ne dirait rien en ne la trouvant pas à la maison lorsqu&#8217;il rentrerait. Il était de toute façon parfaitement au courant de ce qu&#8217;elle faisait lorsqu&#8217;elle s&#8217;absentait sans raison et ne rentrait pas avant plusieurs heures. Comme elle savait que quand il dînait entre collègues il passait la nuit à l&#8217;hôtel ou dans un bordel.</p>
<p>Bien entendu, ils faisaient tous les deux comme s&#8217;ils ne savaient rien et croyaient aux mensonges de l&#8217;autre. C&#8217;était plus simple, ils le savaient bien. Inutile de faire des histoires pour ça. En revanche, comme tous les couples en discorde, ils trouvaient de nombreuses raisons de se crier dessus dès qu&#8217;ils se trouvaient un peu trop longtemps seuls dans la même pièce.</p>
<p>Voilà pourquoi comme sa fille, parfois elle fuyait, une pause de quelques heures pour oublier qu&#8217;elle ne vivait pas pour elle. Elle se prépara donc à sortir, enfila une robe rouge, se maquilla un peu et, prenant son sac à main, sortit. Elle marcha un quart d&#8217;heure, suffoquant dans la touffeur de l&#8217;air brûlant.</p>
<p>Quand elle arriva devant sa porte, elle sonna à l&#8217;interphone et attendit les quelques secondes habituelles avant d&#8217;entrer. Elle constata en poussant un soupir que même dans l&#8217;interdit prétendument excitant, la routine pouvait s&#8217;installer.</p>
<p>Ils firent l&#8217;amour et elle n&#8217;en tira pas plus de plaisir que d&#8217;habitude. Dans les gestes de Clément, elle comprit que lui aussi s&#8217;était lassé de leurs étreintes. Elle sentait que c&#8217;était la dernière fois. Son amant, allongé sur le lit à côté d&#8217;elle, dans les draps à peine défaits, fixait le mur en face de lui sans rien dire. Que dire ? Il avait eu pitié d&#8217;elle et l&#8217;avait acceptée le temps de se dire qu&#8217;il l&#8217;avait aidée. Ils savaient bien que c&#8217;était faux.</p>
<p>Ils allaient reprendre leur route, chacun de leur côté, comme s&#8217;il ne s&#8217;était rien passé. Elle se disait de toute façon qu&#8217;il était trop tard pour que les choses s&#8217;écoulent autrement. Elle allait dérouler la pellicule sans heurts jusqu&#8217;à la fin. Il y a longtemps que cela ne lui faisait plus peur. De toute façon, elle connaissait la fin du film.</p>
<p style="text-align:right;"><em>Image : <a href="http://browse.deviantart.com/?qh=&amp;section=&amp;q=dark+alley#/d1xdhc0">dark alley</a>.</em></p>
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		<title>05-Paul</title>
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		<pubDate>Sun, 10 Jul 2011 21:36:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>defilsenaiguilles</dc:creator>
				<category><![CDATA[Echec et mat]]></category>

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			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:center;"><a href="http://defilsenaiguilles.wordpress.com/wp-admin/"><img class="size-full wp-image-104 aligncenter" title="On_The_Bus_by_CapnKier" src="http://defilsenaiguilles.files.wordpress.com/2011/07/on_the_bus_by_capnkier.jpg?w=490" alt=""   /></a></p>
<p>Troisième arrêt, le car s&#8217;arrête. Les portes s&#8217;ouvrent et un élève monte mais quelque chose est différent, différent des autres jours. Seul. Il est seul et elle n&#8217;est pas là.</p>
<p>Paul le regarde s&#8217;asseoir et poser son sac à côté de lui, à la place où elle est d&#8217;habitude et devrait être aujourd&#8217;hui. Il se retourne et leurs regards se croisent. Une larme coule sur sa joue et alors il comprend.</p>
<p>Mais comprendre, Paul ne le veut pas. Ce n&#8217;est qu&#8217;un cauchemar dont il doit se réveiller. Oui, il est encore dans la chaleur de son lit et la douceur de ses draps qu&#8217;il va bientôt quitter pour aller déjeuner. Puis il se doucherait et irait prendre le car. Il finirait sa nuit jusqu&#8217;au troisième arrêt, s&#8217;endormant sur ces fauteuils mal rembourrés et elle arriverait. Il chercherait son regard et sourirait, et la journée commencera vraiment.</p>
<p>Mais rien ne se passe. Il ferme les yeux et les rouvre mais le décor ne change pas. Toujours la pénombre de l&#8217;aube et le ronflement du car. Les rires à l&#8217;arrière font échos aux pleurs de son frère. Non, ils n&#8217;ont pas le droit&#8230; Plus que la tristesse, la colère l&#8217;envahit. Il en veut au monde, il en veut à la vie. Aller le voir? Mais le voir pour quoi? Lui dire qu&#8217;il est désolé et l&#8217;aimait beaucoup et regagner sa place alors qu&#8217;il le connaît à peine?</p>
<p>Non, Paul préfère ne rien faire et rester là à regarder par la fenêtre alors qu&#8217;il n&#8217;y a rien à voir. Il l&#8217;aimait beaucoup ou l&#8217;aimait simplement, il ne sait même plus quoi penser. Comment? Il n&#8217;en a aucune idée et préfère encore ne pas l&#8217;imaginer. L&#8217;apprendre serait s&#8217;avouer qu&#8217;elle puisse être morte.</p>
<p>Alors qu&#8217;il la revoit sourire, rire et pleurer, il a l&#8217;impression que son coeur s&#8217;est arrêté de battre. Son esprit se vide peu à peu. Ne plus penser à rien, mais il n&#8217;y arrive pas. Chaque fois que ses yeux se ferment, ce sont les siens qu&#8217;il voit.</p>
<p>Soudain, la vue du lycée le ramène à la raison. Le car ralentit et s&#8217;avance sur le parking. Une dernière fois les portes s&#8217;ouvrent sur le monde, un monde où elle n&#8217;est plus. Les autres élèves descendent. Paul n&#8217;a aucune envie de les suivre, mais que faire d&#8217;autre? Machinalement il se lève et prend son sac par la bretelle, le laissant traîner par terre et s&#8217;entrechoquer dans les sièges. Puis il descend à son tour. Bienvenue en Enfer, se dit-il. Enfin, il se dirige vers le bâtiment principal, essuyant ses joues des marques de son absence.</p>
<p>D&#8217;autres élèves croisent sa route le temps d&#8217;une poignée de main. Il les regarde à peine.</p>
<p>&#8220;Ca va Paul?&#8221;</p>
<p>Il s&#8217;efforce de baffouiller un &#8220;oui&#8221;. Comme si tout aller pour le mieux dans le meilleur des mondes.Pourquoi elle&#8230;Pourquoi maintenant&#8230;</p>
<p>Comme d&#8217;habitude, il se dirige dans le hall, près de l&#8217;escalier, pour se joindre à des personnes de sa classe. Nouvelles poignées de main, nouveaux &#8220;ca va?&#8221;, nouveau sanglot à retenir. pour eux, cette journée est comme toutes les autres. Rien de plus qu&#8217;un lundi sous un ciel bleu après un long week-end de pluie. Mais pour lui, la vie vient de perdre toutes ses couleurs.</p>
<p>8h20. La sonnerie retentit. Tout le monde s&#8217;agite et cherche sa salle. Les groupes se divisent le temps d&#8217;une matinée. Elle devrait être là. Ils devraient se croiser, lui allant d&#8217;un côté du couloir, elle allant de l&#8217;autre. Mais plus aucun sourire ne répond au sien. A peine la journée commencée, Paul voudrait qu&#8217;elle se termine. Une heure de maths et deux d&#8217;espagnol le séparent encore du déjeuner. Jamais il ne tiendra jusque là.</p>
<p>Après avoir copié quelques lignes de leçon, Paul est interrogé pour passer au tableau. Il y a des jours où tout peut arriver mais où tout se résume au pire. Sa main tremble. La craie lui échappe, suivie d&#8217;une larme. Alors, plutôt que de la ramasser, il l&#8217;écrase sous son pied avant de sortir en claquant la porte. Il se retourne une dernière fois pour entendre le professeur crier : &#8220;Mais il est fou !</p>
<p>- Fou d&#8217;amour, monsieur.</p>
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